samedi 5 novembre 2016

Issan - Un pur jus thaï

Vous vous souvenez de mon méga coup de cœur de cette année au salon du Rhum de Spa ?

Mais si, un petit producteur thaïlandais qui répond au doux nom de :

Issan - logo
Voilà !

Alors pourquoi un coup de cœur ?

Tout d'abord parce que le produit est top (n'en déplaise à certains irréductibles martiniquais ^^) mais surtout parce que derrière Issan se cache quelqu'un d'assez incroyable qui arrive à transmettre sa passion de manière phénoménale.
Et pour ne rien gâcher, c'est tout récent !
Résumons, une distillerie toute neuve, un patron extra, un produit génial. Ca annonce du lourd !
Oui, rien que ça.

Issan - Distillerie
En plus, ça fait "vacances" ; que du bonheur !

Derrière Issan, se cache David Giallorenzo (ou David pour faire simple) qui, avec un nom pareil, n'est pas italien mais ... français. ET oui.
Un français parti se perdre en Thaïlande pour faire du rhum agricole ?
Et ben dis donc, quelle idée !

Arrivé en Thaïlande un peu par hasard, ses visites sur place et la vue des champs de cannes de la région lui ont doucement mais surement donné l'idée de tenter sa chance dans le monde des spiritueux. Et plus particulièrement dans le rhum agricole.
Réunir les fonds, trouver les investisseurs, quitter famille et pays pour se lancer à l'aventure de l'autre côté du monde où le climat politique n'était pas des plus serein. Culoté !

Ok mais pourquoi la Thaïlande ? Peut-être parce qu'il s'agit simplement d'un des plus grands producteurs de canne à sucre au monde (oui, je sais, j'ai déjà dit ça des Philippines mais ici le contexte et, surtout, le produit sont différents).
La distillerie est située dans une région relativement pauvre de la Thaïlande (la région d'Issan - comme le nom du rhum donc ; il y a surement un lieu ... - se situe au nord-est de la Thaïlande, entre le Laos et le Cambodge) où la population vit principalement de l'agriculture. Celle-ci a donc développé une grande maîtrise de la culture de la canne à sucre.
Encore fallait-il pouvoir en tirer profit.

L'esprit Issan :

Et sinon, il y a une philosophie particulière là-derrière (parce que la dernière fois qu'on a parlé de rhum asiatique, le but était quand même pour les gens derrières de faire du pognon et accessoirement de rendre diabétique tous les Philippins ...) ?
Oui, et pas qu'un peu !
La distillerie se veut écologiquement responsable et on ne peut plus respectueuse de ses producteurs. En gros le rhum du développement durable !

La distillerie possède la moitié des champs de canne lui permettant de produire son rhum (la canne étant récoltée par les habitants de la région). Le surplus appartient à des petits cultivateurs locaux dont les plantations se situent à plus ou moins 5 kilomètres de la distillerie. Cela permet d'être approvisionné en matière première on ne peut plus fraîche.

Issan - champs de canne
Les champs de canne donc. Ca change des rizières hein ?

Elle "finance" certains de ses producteurs et offre un prix d'achat de la canne supérieur (de l'ordre de 50% !) au cours du marché, ce qui a permis de créer un lien de confiance avec les cultivateurs locaux devenu un véritable partenariat
D'un point de vue écologique, Issan table sur une production qualitative plutôt que quantitative. Et ça marche, les modes de cultures locales semblent changer afin de s'adapter à cette façon de faire plus en adéquation avec le respect de la nature mais qui permet également d'avoir des produits de grande qualité.
Enfin, elle a préféré opter pour un mode de production bien plus manuel que mécanique. Outre le fait que le produit fini n'en est que plus authentique, cela permet de donner du travail à une plus grande partie de la population locale.

Oui, moi j'aime bien ce type de concept. Et non, je ne crache pas dans la soupe, je sais parfaitement que ça ne peut marcher qu'avec des petites structures (imaginer par exemple Saint James fonctionner de la sorte. C'est tout bonnement inconcevable).

L'élaboration du produit :

Outre le fait qu'elle provienne des plantations mêmes de la distillerie ou de plantations très proches (5 kilomètres pour ceux qui ne suivent pas), la canne est récoltée quotidiennement afin de satisfaire aux besoins de la distillerie (pas de surcoupe et donc de gaspillage).
Elle est ensuite débité en "sticks" de plus ou moins 50 centimètres et pelée à la main (!). Cette manière de procéder permet de supprimer l'amertume du produit.
Elle sera enfin pressée le jour même dans un petit moulin.

Issan - pelage
L'étape du "pelage". Ca donne directement un autre aspect à la canne !

Issan - pressage
Le petit moulin qui permet de presser les sticks de canne pelés.

Pour les sceptiques quant à l'utilité de travailler de la sorte, il faut savoir que la fraîcheur de la canne ainsi que sa propreté auront un impact assez impressionnant sur les arômes du produit fini.
Un respect du terroir et du produit qui n'est pas sans rappelé un certain Luca G. On y reviendra.

Ensuite (le jour même), le jus - non dilué - est mis en fermentation (probablement avec une levure spécifique, secrète et typique de Thaïande mais là c'est trop technique pour moi ^^) durant 3 à 4 jours.
Ce liquide fermenté est enfin distillé dans un alambic "Pot Still" en cuivre de type cognaçais de 400 litres en une seule passe (qui donne 15 à 17 litres de distillat).
A la sortie d'alambic, l'alcool titre à 55° en moyenne mais eu égard à la législation applicable en Thaïlande, il est coupé pour arriver à 40°.
Au vu de la qualité du produit, un "brut d'alambic" doit être juste génial ! (Spoiler ?)

Issan - alambic
L'alambic. ... Qui a dit lampe de génie ??

Reconnaissance et exportation :

Honk-Kong, novembre 2014, IWSC (pour International Wine & Spirit Competition) : Issan remporte la médaille d'argent au plus grand concours asiatique sur les vins et spiritueux.

Paris, mai 2015, Rhum Fest Awards : cette fois Issan remporte deux médailles :
- le bronze dans la catégorie "Pur jus et agricole blanc moins de 50°" ;
- l'or pour le "Prix spécial du Jury".
Voilà voilà. Pas mal pour une première année de commercialisation !

Issan - David Giallorenzo
Au centre, David. Oui, j'aurais pu mettre sa photo plus tôt mais celle-ci était raccord avec le sujet.
(Et puis je fais ce que je veux ^^)

Oui, ceux qui me connaissent savent que - généralement - je ne porte pas vraiment d'attention (voir que je ris gentiment en voyant toutes les médailles sur les bouteilles) à ce type de récompenses mais force est de constater que l'on se trouve ici à un niveau assez relevé (pour ne pas dire le top du top) ce qui apporte quand même pas mal de légitimité à la chose.
Ce n'est pas comme s'il avait été primé au CSPSNK (Concours du Spiritueux le Plus Sympathique du Nong Khai - concept déposé à l'instant ^^) ...

Initialement réservé au marché thaïlandais, le rhum Issan est distribué en Europe depuis début 2015.

Et sinon, c'est bon ?

Qu'est-ce qui n'est pas clair dans ce que j'ai écrit ?
C'est mon coup de cœur donc c'est fatalement une tuerie ! (Oui je suis quelqu'un de très objectif parfois).

Vu que certains bavent déjà, on va quand même se livrer à une mini note de dégustation. Mini parce que sur salon et que pour écrire tout ça ben j'ai discuté beaucoup avec David donc mes notes de dégustation sont légères.

Photo ? Photo :
Issan - bouteille
Pour ceux qui auraient oublié à quoi elle ressemblait
Donc, il présente une couleur ... *suspens* ... Ah oui, pardon, c'est un blanc. Il n'y en a pas. Merci à ceux qui suivent.

Au nez, c'est doux et riche à la fois : tout un tas d'arômes fruités et floraux nous assaillent. Et c'est très agréable !

En bouche, on continue sur quelque chose de très rond où la canne ressort de manière assez caractéristique. A 40°, ça passe tout seul.

La finale est dans la même lignée. Sur la canne et le fruit.

Oui, c'est bref mais vous étiez prévenus.
Il ne me reste plus qu'à m'acheter une bouteille pour approfondir tout ça plus calmement dans mon chez moi.

Le deuxième jour du salon, j'ai eu l'opportunité de goûter à un brut d'alambic. Un produit incroyable. Pas de notes parce que j'en ai simplement profité mais pour faire simple : c'est le même sous stéroïdes, les arômes de l'Issan "de base" avec des watts en plus. Que du bonheur !
Il faut vraiment trouver une solution pour - à tout le moins - pouvoir exporter ce type de produit (et ce même si sa commercialisation est interdite sur place) !

Projets et avenir :

David souhaite lancer prochainement un rhum vieux. La mise en fût devrait débuter incessamment si ce n'est déjà fait.
Il va falloir se montrer patient mais ça risque de nous réserver de belle surprise au vu du produit initial.

Il envisage également de se servir d'autres types de canne (la réintroduction de la canne "noire" serait ainsi prévue) pour proposer d'autres types d'arômes.
Un mot pour résumer mon état d'esprit :"impatient" !

Enfin, vous vous souvenez certainement que je vous ai déjà parler d'Habitation Velier (Luca te revoilà) ?
Vous vous rappelez aussi que nous avons "risqué notre vie" lors de la Master-Class y relative qui s'est déroulé au Salon du Rhum ?
Et bien à cette occasion, Daniele Biondi a révélé qu'outre un projet avec Chamarel, il ne serait pas étonnant de voir prochainement fleurir un embouteillage Issan. Rien que ça.
Comme déjà dit plus haut, l'amour du produit, le respect de celui-ci et du terroir donnait déjà à David des petits airs de Luca. Ben voilà.
Là on est carrément face à une toute jeune distillerie qui a plus qu'attiré l'attention de ce grand Monsieur du Rhum ! J'en viens à me demander si ce n'est pas encore une plus belle reconnaissance que les distinctions reçues lors des concours susdits (bon, ok, commercialement parlant non mais sur le plan personnel...).

Bref, l'avenir semble réserver de bien belles choses à Issan et, a fortiori, à nous aussi.

Je ne peux que souhaiter qu'elles se réalisent et que David puisse nous faire profiter encore longtemps de son (ses ?) fantastique(s) produit(s) !

Rhum n' Whisky

PS : Un grand merci à David pour les photos et les précisions qui ont permis de compléter cet article !

6 commentaires:

  1. Super article, c'est vrai que c'est un super produit.

    Donc s'il y a une collaboration avec Velier on risque d'avoir la chance de le retrouver en brut d'alambic ??

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  2. Merci beaucoup!
    Le frein à la vente d'alcool à un degré supérieur à 40° étant une restriction légale, je crains que -pour l'instant- même Velier ne puisse faire grand chose.
    Après, le fait qu'une maison d'une telle renommée s'intéresse à un produit local pourrait peut-être influer le pouvoir en place (pour autant que Velier représente qqch en Thaïlande ^^), soyons optimistes!
    David dispose peut-être de plus d'infos à ce sujet. Je sais toutefois que lui aussi souhaiterais que la législation change à ce sujet.
    Enfin, sans cracher dans la soupe, il faudra voir ce que Velier pourra apporter à un produit qui se suffit déjà à lui-même (tant en version réduite qu'en brut d'alambic) ;-)
    Voilà une longue réponse qui ne t'apporte malheureusement pas grand chose...

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    1. Oui peut-être qu'ils vont travailler un vieillissement, une fermentation spéciale, ou encore quelque chose que l'on avait pas imaginé jusque là !
      A suivre...

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  3. Tant qu'à faire une finition / un vieillissement spécial(e), autant rester "local" (d'un point de vue asiatique du moins) et tenter le coup avec un fût de mizunara alors ^^
    Après, je ne sais vraiment pas quelle influence ça aurait sur le produit ...
    Mais bon, on va déjà prendre notre mal en patience et on verra ce qu'on nous proposera !

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  4. Hello Rhum n’ Whisky !
    Je me pose une question suite à la lecture de ton article.
    Tu évoques une distillation discontinue « Pot Still » en une seule passe. Est-ce une colonne de rectification, sur la photo, qui surmonte le « Pot Still » permettant ainsi d’éviter « une repasse » ?

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    1. Bonjour oh Inconnu ;-)
      J'ai relayé ta question à David pour être sur de ne pas te raconter n'importe quoi --'
      Voici sa réponse in extenso :
      "non il n'y a pas de rectification au niveau de la colonne, juste quelques plateaux. J'ai fait le choix de ne pas rectifier non plus en haut de colonne pour garder le plus possible l'authenticite aromatique de ce mode de distillation "a l'ancienne"
      c'est d'ailleurs pour cela que nos full proof sortent si faible en degres ( entre 53 et 58).
      si je rectifiais nous aurions beaucoup plus de rendement alcoolique et nos FP serait entre 70 et 80° mais perdrait une partie des caracterisques aromatiques propre a Issan"

      J'espère que cela répond à ta question ;-)

      Rn'W

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