mardi 3 janvier 2017

Un peu de carburant pour mon réservoir ...

Amis de la route, c'est avec grand plaisir que nous vous retrouvons pour un nouveau numéro d'Auto-Moto !
...
Finalement, on me fait signe que non, le titre doit cacher quelque chose...

Voilà une intro bien pourrie !
Au final, ça pourrait faire un système de classement des articles : le classement qui prend en compte le degré de nullité de l'introduction.
Là j'ai fait un double 6 en jet d'autodérision (ami rôliste, bonjour !).

Soit.

Comme promis, retour à la normale (fini le cognac donc).
Aujourd'hui, on va parler de cette distillerie qui produisait des rhums aux arômes très particuliers :

Caroni :

Caroni, six lettres qui font rêver les spéculateurs (pour faire un parallèle avec le whisky, on pourrait comparer ça à Brora ou Port Ellen, dans un budget bien inférieur toutefois ... du moins pour l'instant).

Petite leçon d'histoire pour comprendre comment on en est arrivé là :
Créée en 1918 sur l'île de Trinidad, Caroni a longtemps été le producteur de sucre de l'île (approvisionnant par là tant sa distillerie éponyme que les distilleries voisines au nombre desquelles figurait notamment Angostura).
Il s'agissait également de la distillerie d'état de Trinité-et-Tobago qui a produit de nombreux rhums au caractère atypique (en gros des trucs lourds qui tâchent et d'où transpirent des notes de goudron, de bitume, de caoutchouc brûlé ... que du bonheur quoi) qui sont surtout entrés dans l'élaboration de blends divers et variés.
La distillerie a toutefois sorti un certain nombre de bouteilles à son nom (pour info l'étiquette est pile-poil la même que celle du 12 ans Velier. On en reparlera.) qui, si elles existent encore aujourd'hui, doivent s'arracher à prix d'or ...

Le drame survient en 2002 quand l'état de Trinité-et-Tobago décide de fermer la distillerie (déclin de l'industrie sucrière des Antilles, raréfaction ou disparition des champs de canne à sucre, ...). Sans autre forme de procès.
Et en laissant des fûts encore remplis vieillir tranquillement dans les chais de la distillerie, sous le soleil des Tropiques. Le tout protégé par une simple barrière en fer complètement pourrie (et une végétation luxuriante, la nature reprenant peu à peu ses droits). Comme quoi, il y en a qui ne doute de rien !

Peu de temps après (sauf erreur en 2004), à l'occasion d'un passage dans la région, un certain Luca Gargano (oui, encore lui) tombe - par hasard - sur cette distillerie à l'abandon.
Moi, quand je tombe par hasard sur quelque chose, j'ai carrément moins de chance mais bon.
Après quelques négociations, il peut accéder au chais et se rend comptes que les barriques s'y trouvant continue paisiblement de vieillir.
Surgit alors "la" grande idée : racheter le stock (ce qui se fera au fur et à mesure, principalement par Velier) et procéder à des embouteillages de ce rhum "disparu".

C'est le début de l'aventure Caroni et à mon sens - avec les rhums Demerara de chez Velier (oui, encore eux ... c'est lassant hein ? :p) - de la folle montée (qui a dit explosion ?) des prix dans le monde du rhum : distillerie fermée, stock limité, embouteillage en quantité réduite (quelques centaines de bouteilles en général), attraction du collectionneur pour le produit ...
Les bouteilles commercialisées à moins de 100 euros (à l'époque c'était un budget énorme pour du rhum, qui plus est pour un rhum dégageant des arômes si particuliers) qui ne trouvaient pas amateur s'arrachent aujourd'hui à des prix pouvant facilement avoir fait "fois cinq". Et le phénomène ne va pas s'arrêter : les derniers embouteillages Velier (du moins ceux mis en vente sur le site de la Maison du Whisky, partenaire historique de Velier) ont tous trouvé acquéreur dans les minutes suivant leur mise en ligne (ce qui n'a d'ailleurs pas manqué d'augmenter le nombre d'arrivées aux urgences suite aux problèmes cardiaques rencontrés par ceux qui sont restés des jours devant leur écran à guetter l'arrivée de leur "préééciiieux" et de ne pas pouvoir se l'offrir) à des prix déjà assez élevés pour être remis en vente avec un joli bénéfice dans les minutes qui ont suivi (ou, plus intelligemment, être mis de côté pour pouvoir les ressortir plusieurs années plus tard afin de démultiplier les bénéfices).
Triste. Surtout pour ceux qui voulaient les acheter pour les boire et partager ces produits rares avec des amis.
Soit.

Velier n'étant pas le seul embouteilleur indépendant de la galaxie rhum, d'autres ont également obtenu une partie du stock de chez Caroni (en quantité bien moins importante toutefois). Pour en citer quelques uns : Silver Seal, Rum Swedes, Bristol Classic, Mezan, CDI, Rum Nation, ...
Il est toutefois intéressant de noter que seul Velier pratique un vieillissement tropical (soit sur place, soit partiellement sur place et partiellement chez DDL au Guyana), les autres étant partisans d'un vieillissement continental.
Toujours pour parler de Velier : généralement aucune réduction n'est pratiquée et on peut y trouver des "full proof" ou même des "high proof". Pour les autres c'est un peu le souk (réduit, non réduit, ... faites votre choix).
Enfin, pour mes lecteurs fortunés (non mais très clairement fortuné hein) qui voudraient se lancer dans l'acquisition de tous les embouteillages Caroni Velier (parce que c'est collector, tout ça, tout ça), je vous souhaite bonne chance parce que :
- vous allez galérer pour les trouver (et arriver à obtenir de leur propriétaire qu'il s'en sépare) ;
- vous allez galérer pour - déjà - faire le listing des bouteilles existantes car, soyons clair, entre les versions "officielles" millésimées à degrés différents, les versions "distributeurs", ... c'est clairement le foutoir !
Mais ça aura le mérite de vous occuper un certain temps.

Après tout ça, j'espère que vous en savez un peu plus sur cette distillerie maintenant éteinte qui aura dû attendre sa fermeture pour connaître vraiment le succès et dont les derniers stocks fondent malheureusement comme neige au soleil.

Enfin, quand on sait qu'à Trinidad, ils ont préféré garder Angostura, on peut se demander s'ils ont fait le bon choix.

Ne voulant pas vendre la moitié de mes organes au marché noir pour financer l'acquisition d'une précieuse bouteille noire de chez Velier, je me suis donc rabattu sur la version Rum Nation.
Place à la dégustation !

Rum Nation Caroni 1999 :

Bon, Rum Nation, on sait (mais si, c'est là que ça se passe pour plus de précisions. Ailleurs aussi mais c'est moins poussé.) donc on ne va pas y revenir.

Caroni, on sait aussi maintenant (pour ceux qui n'auraient pas suivi, relisez le début de l'article).

Et Caroni Nation donc ? Et bien, sont sorties :
- une version "1998" parait-il extraordinaire (sais pas, pas eu la chance de la goûter) malheureusement quasi épuisée partout. Un 16 ans normalement ;
- cette version "1999" embouteillée en 2015. Un 16 ans donc (ou 15 et quelques en fonction des mois mais ne faisons pas les difficiles) ;
- un tout nouveau 18 ans en passe de rejoindre la cave (y a plus qu'à aller le chercher) dont j'ai déjà parlé ici (c'est l'avant-dernier rhum dégusté, vous pouvez scroller).
Il y a donc déjà de quoi faire et, pour ne rien gâcher, à des prix - actuellement - très abordables pour ce type de produit.

Place à la bête :

Nation Caroni 1999
Alors oui, le verre est dégueulasse mais - à ma décharge - il avait déjà beaucoup servi ce soir là ...
Avant toute chose, il est utile (indispensable ?) de préciser que si vous envisagez une dégustation de plusieurs rhums sur une même soirée, il FAUT terminer par celui-ci (bon si c'est une dégustation croisée de Caroni, ce n'est pas pareil non plus hein. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit.) ... Vous allez comprendre.

La couleur est assez claire avec un ambre à reflets dorés.

Au nez, on part directement sur ce qu'on pourrait qualifier de "Caroni bien typé" c'est-à-dire des notes de goudron, de bitume et de caoutchouc brûlé (après les fruits pourris et le solvant jamaïcain, place aux marqueurs Caroni ! Je suis sûr que certains ont déjà arrêté de lire ^^).
Laissez lui le temps de respirer surtout ! Il présente tout de même 55° sous le capot. En cas d'attaque trop "rapide", préparez vous à pleurer !
Après aération, il se fait plus doux ("sucré") avec une présence de notes fruitées.
On y trouve également pas mal d'épices (poivre et cannelle en tête).

Pour la bouche, en général le premier retour auquel vous aurez droit, risque bien d'être (biffez la mention inutile ... ou pas) :
- "Pouah !!" (sous-entendu onomatopéesque de "Mais c'est ignoble !") ;
- "C'est quoi ce vieux pneu ?" (véridique) ;
- "C'est particulier ..." (les trois points de suspension ne laissent par contre planer aucun doute sur l'appréciation du produit ...).
Et on vous dira peut-être même : "Après avoir terminé mon verre, je ne sais toujours pas si j'aime ou pas ..." (peut-on considérer que c'est déjà un peu plus positif ? J'hésite).
Ca met tout de suite en confiance, vous ne trouvez pas ?
Donc oui, c'est spécial mais moi j'aime bien (beaucoup. Beaucoup beaucoup beaucoup en fait).
Le côté Caroni est bien là (bitume, tout ça, tout ça) mais le tout reste relativement sucré : à la fois fruité (sur les fruits exotiques principalement) et doux mais toujours avec la présence de ces notes que l'on qualifiera de "particulières" pour les personnes qui ne sont pas habituées.
C'est boisé aussi. Mais cet aspect passe vraiment loin derrière le reste.

La finale est caroniesquement longue !
Les arômes de goudron, de bitume et de caoutchouc brûlé restent très très très longtemps (en gros, tu vas dormir après sans rien manger  - sinon ça atténue - mais en te brossant les dents et bien, le goût est toujours là le lendemain matin. J'ai testé pour vous ^^).
Mais - car il y a un mais - on peut aussi déceler derrière ces notes prédominantes cette touche de douceur présente tant au nez qu'à la bouche.

Alors ici, très clairement, on aime ou on déteste.
Si on aime, on peut approfondir en passant chez d'autres embouteilleurs indépendants (à l'heure où j'écris ces lignes, la "trilogie" 12-15-17 ans de chez Velier peut encore se trouver à des prix abordables. Bon ok, il faut chercher mais c'est faisable.) à des prix - malheureusement - aussi divers que variés mais souvent très élevés (produit rare, spéculation, tout ça, tout ça).
Si on n'aime pas, il y a suffisamment de rhum de style différents pour trouver chaussure à votre pied, ne vous inquiétez pas. Regoutez-en un quand même, au cas où ;-)
Quelle que soit votre appréhension vis-à-vis de ce type de rhum à part entière, une chose est sûre : il faut absolument en goûter un au moins une fois avant qu'il ne soit trop tard et, surtout, pour vous faire votre propre opinion de la "chose".

Ah oui, Bonne année au fait !


Rhum n' Whisky

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