jeudi 5 avril 2018

Quand Foursquare rime avec Madère …

Parce que oui, les vieillissements en fûts de madère semblent être tendance actuellement chez cette sympathique distillerie barbadienne dont on a déjà parlé plus en détails par ici.
Tendance parce qu’en peu de temps, on a eu droit à :
- un embouteillage officiel (le Criterion) ;
- un embouteillage Velier (le Triptych) ;
- un embouteillage spécial pour les 70 ans de Velier (le Destino).
 
Oui, un OB et deux bouteilles noires. Rien que ça.
 
Ayant choper un sample (ou une bouteille, c’est selon) de chaque, il m’a paru pertinent de comparer les trois produits listés ci-dessus.
Foursquare - Madèe : line-up
Photo de famille

Foursquare Criterion :

On commence par la base, l’OB, aujourd’hui quasi épuisé, âgé de 10 ans.
Il aurait – pour autant que je ne raconte pas de bêtises – vieilli 3 ans en fûts de bourbon avant de terminer son vieillissement en fûts de madère.
Il a été embouteillé brut de fût à 56°.
Foursquare Criterion
La bouteille Foursquare, immédiatement reconnaissable !
La robe est cuivrée à reflets orangés.
 
La première chose qui marque, au nez, est l’absence totale d’agressivité malgré les 56%. C’est hyper bien fait niveau intégration.
N’y connaissant rien en madère, il serait présomptueux de dire que le finish se sent mais je suppose que le fût a clairement joué son rôle étant donné que l’impression ressentie est « différente » des autres produits de la gamme.
Non seulement le voltage ne nous agresse pas mais en plus l’ensemble est relativement doux : on y retrouve une légère vanille, des fruits séchés (raisins notamment), des notes sucrées, des fruits noirs ainsi que quelques touches de fruits secs.
Des notes toastées sont également de la partie tout comme un petit côté mentholé sous-jacent assez rafraichissant.
Le côté « boisé particulier » est bien présent et c’est assez sympa.
On partira ensuite vers encore plus de douceur avec un aspect « dessert » assez prédominant (dans le genre tarte aux fruits caramélisés).
C’est à la fois doux et complexe tout en faisant preuve d’une certaine intensité.
 
En bouche, c’est rond fatalement (la promesse du nez est bien respectée).
On repère toutefois plus d’épices et les fruits sont plus typés « caramélisés flambés ».
C’est, à nouveau, hyper gourmand avec un côté chaud on ne peut plus agréable.
On retrouvera – à nouveau – ce petit côté fruits noirs perçu au nez.
 
À la rétro-olfaction, on est face à un produit qui fait preuve de chaleur et nous offre son lot d’épices.
Une légère touche d’amertume est également présente (sur la réglisse ?) ainsi que quelques notes mentholées qui accompagnent cet aspect fruité légèrement vineux.
 
Enfin, la finale sera assez longue (le voltage tout ça, tout ça) et légèrement épicée tout en présentant un aspect plus «vineux » assez subtil et agréable.
C’est assez différent de ce qui précède tout en restant sur la douceur avec de subtiles notes toastées.
 
En un mot comme en cent : TOP !
 

Foursquare Triptych :

Bon, passons maintenant aux « bouteilles noires » (mais si, celles qui font fondre les billets de banque) et plus particulièrement au tripctruc qui se révèle être plus une expérimentation qu’autre chose (un blend de trucs vieillis en fûts de bourbon, de madère et en fûts neufs, … où quand Luca et Richard se prennent pour des savants fous ^^).
 
Au niveau de l’âge ben ça varie de 9 à 12 ans vu que la mise en fût a eu lieu en 2004 (pour les fûts de bourbon), 2005 (pour les fûts de madère) et 2007 (pour les fûts neufs américains) avant d’être embouteillé en novembre 2016.
Sinon le truc est également embouteillé brut de fût à 56%.
Foursquare Triptych
Imaginez que mon sample est une bouteille noire, la magie va opérer ^^
Voyons maintenant si tout le foin qu’on continue à faire autour des bouteilles Velier est toujours justifié.
 
La robe est d’un bel ambré intense tirant sur l’orangé à reflets orangés.
 
Au nez, pas de problèmes niveau voltage : ici aussi l’alcool est on ne peut mieux intégré.
Mais (parce qu’il y a un mais) c’est bien plus fermé que le Criterion.
On y repère de manière fugace des fruits noirs – encore – et des fruits secs, un peu de vanille, du cacao (siiii !!), quelque chose de plus « intense » difficile à définir (que je qualifierai au fil de la dégust’ de « plus grillé que fumé ») et un peu de coco.
C’est également légèrement épicé et assez « sucré » (mélasse style).
L’ensemble parait fort concentré et part un peu dans tous les sens (sans rester sur une ligne directrice à laquelle se raccrocher). L’aération ne semble pas y changer grand-chose (bon, j’ai peut-être pas laissé assez aérer non plus mais au bout d’un temps il n’y a plus de plaisir si tu restes des heures devant ton verre en attendant que ça évolue. Si c’est juste pour faire un truc intellectuel voilà quoi. Contre-exemple type : le Diamond ’81, une tuerie gustative et olfactive qui ne cesse d’évoluer. Celui-là est plaisant et intellectuel par exemple ^^ Après, on parle d’un Demerara, je sais, …).
C’est donc assez désarçonnant et assez fermé.
En cherchant bien, on peut éventuellement dire qu’on a une trame de fond portée sur le fruit ainsi que sur des notes de coco-vanille grillée mais ça reste très léger.
Ah oui, j’y ai trouvé un peu de vernis aussi.
Moui …
 
En bouche, clairement, y a pas à dire, c’est gourmand. Vraiment.
C’est porté sur le fruit, les notes toastées (surtout) et les fruits secs (qui sont beaucoup, beaucoup plus présents).
On y retrouve pas mal d’épices ainsi qu’une légère amertume (sur des notes caramélisées toastées).
Quelques notes d’agrumes (WTF ?!?) arrivent également doucement mais surement.
C’est très rond et très sucré.
 
À la rétro-olfaction, c’est beaucoup plus fruité, légèrement épicée et toujours porté sur ce côté grillé.
On repère aussi quelques notes rafraichissantes (réglisse ?) et on garde cette amertume perçue plus haut.
 
La finale est assez longue et assez fruitée (on démarre sur les fruits jaunes et rouges avant de passer aux agrumes) mais aussi assez amer tout en conservant une touche de peps épicée.
On va enfin retrouver le côté toasté particulier du produit et une impression « chocolatée » va subrepticement faire son apparition.
 
Conclusion ?
C’est très, très gourmand et, a fortiori, pas mauvais du tout mais c’est très difficile à cerner et, soyons honnêtes, loin d’être extraordinaire.
Niveau rapport qualité/prix, le Criterion (si on prend comme comparaison les vieillissements en fûts de madère) l’écrase.
Si Velier avait débuter part ça au lieu de ses Demerara légendaires et des Caroni impayables à l’heure actuelle, ben, c’est pas sur que les prix auraient flambé de la sorte (et à force d’écrire des trucs pareils – voir ma première impression sur le 2006, que je prévois toutefois de regoûter prochainement en face-à-face avec le 2004 histoire de …, je ne risque pas de devenir pote avec Luca moi …)
Et visiblement, ce n’est pas le Principia qui va venir faire changer cet état de chose.
 

Foursquare Destino :

Une licorne celui-là : 500 bouteilles qui ont « disparu » de la surface de la terre en un temps record.
Si le prix de base (+/- 170,00 euros) était « raisonnable » (on s’entend hein), il est maintenant … non, je n’ai pas envie d’en parler.
L’étiquette à gouttes multicolores a beaucoup fait parler également. Certains trouvent ça moche, moi j’aime bien.
La bête titre à 61° et a vieilli 12 ans en fût de madère avant de terminer son vieillissement 2 ans en fût de rhum. C’est particulier, oui. Ça en deviendrait même méta. En fait, Luca et Richard ont rencontré Deadpool, je ne vois pas d’autres solutions…
Soit.
Et il raconte quoi ce truc ?
    
Comme je vous l’ai dit, j’aime bien l’étiquette. Donc je ne me prive pas de mettre et une photo de mon sample et une photo de la bête :-D
 
Et ben nom dî djosse dî nom dî djosse, quelle couleur !
On est face à un liquide acajou à reflets cuivrés présentant un disque verdâtre sur le dessus.
L’ensemble plaque au vert. C’est gras, c’est beau, ça donne franchement envie.
Bon, niveau visuel, il marque déjà des points.
 
Au nez, comparativement aux deux autres, l’alcool se fait plus présent. Après, on a gagné 5° aussi. Et ça ne change rien au fait que ça soit toujours super bien foutu : on fait – à nouveau – face à une intégration parfaite du voltage.
Ça sent bon.

En bouche, … non, je déconne ^^
D’emblée, le produit est boisé avec de fines touches d’épices tout en subtilité.
Mais ça, c’est juste le début. Après ça dépote grave : on évolue sur quelque chose de tout en douceur (vanille), sur les fruits secs mais également les fruits frais.
Quelques touches mentholées amènent de la fraîcheur au produit.
On y repère également un peu de coco au chocolat ou de chocolat à la coco (faites votre choix).
L’ensemble est super bien fondu. En fait, ça part un peu dans tous les sens (oui, comme le Triptych) mais ça conserve une belle tenue et une certaine cohérence.
Des notes plus toastées, plus torréfiées vont ensuite se développer. Celles-ci seront bien plus présentes après aération avec un agréable fruité sous-jacent.
Roooooh, ça annonce du lourd là, espérons que ça va continuer !
 
En bouche, c’est bon, y a pas à dire !
(et j’ai visiblement bien profité du moment parce que c’est assez soft niveau notes --‘)
On reste sur ce profil boisé/épicé perçu initialement au nez avant d’évoluer vers des notes de vernis suivies de quelques fruits exotiques.
Le produit est chaud (61° quand même) et relativement gras.
On y retrouve des fruits rouges (oui !) et on conserve cette petite touche de fraîcheur perçue au nez (mais elle semble plus tirer vers des notes anisées ou de réglisse que vers la menthe).
C’est toujours torréfié et on repère enfin une petite amertume chocolatée.
 
La rétro-olfaction est pas mal toastée, très légère sur les notes de solvant et offre un beau côté fruits rouges.
L’aspect douceur vanillée est là mais la vanille est bien toastée et légèrement torréfiée (encore).
C’est hyper doux (sur un côté caramélisé) tout en restant frais.
À noter qu’une petite touche d’amertume boisée vient aussi nous faire coucou.
 
La finale est chaude, longue (moins que ce que j’espérais mais – en même temps – après ce que je venais de goûter je voulais juste prolonger encore plus le plaisir. Donc pas d’inquiétudes, la longueur est bien là), sur ce côté boisé toasté et légèrement torréfié, ces fruits caramélisés et cette légère amertume (plus typée chocolat ce coup ci).
On conserve de fines épices ainsi que le côté frais qui nous aura accompagné tout du long (plutôt réglisse-agrumes maintenant).
Les fruits rouges repasseront enfin après le côté torréfié.
 
Put*** que c’était bon !
 
Alors deux choses :
- maintenant, c’est trop cher ;
- maintenant, y en a plus ;
Mais nom de dieu que c’est bon !
Là je tiens tout simplement un des meilleurs (le meilleur ?) Foursquare qu’il m’ait été donné de goûter jusqu’à présent.
Rien que ça.
Il a tout : gourmandise, complexité, intensité, évolutivité, …
Bon après, l’effet « licorne » joue peut-être un peu aussi sur le ressenti (quoique parfois j’attends tellement de certains trucs et, au final, ben non en fait …) mais même sans ça, ça reste une tuerie !
 
Pour ceux qui n’ont pas suivi, le classement est le suivant :
1. Destino … mais y en a plus
2. Criterion … grouillez-vous, y en a bientôt plus
3. Triptruc … achetez deux Criterion à la place (donc grouillez-vous encore plus)
 
Ah oui, il semblerait que le Destino « ressorte » bientôt en version moins collector (et vraisemblablement moins cher aussi).
À noter que les deux ans de vieillissement supplémentaires auraient lieu en fût de bourbon et non en fût de rhum. Mais c’est assez contradictoire niveau informations, la distillerie elle-même prétendrait qu’il s’agit du même produit.
Affaire à suivre …
"New" Destino
Quoiqu’il arrive, préparez-vous à courir pour en attraper une :-D
 
 
Rhum n’ Whisky

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