lundi 3 décembre 2018

« Belgian rum » … enfin, c’est une manière de présenter la chose …


Brisons tout de suite les espoirs les plus fous : NON (oui, ça mérite des majuscules ici), il n’y a pas de nouveau doux dingue qui tente de produire son rhum en Belgique.
Les seuls et uniques à procéder de la sorte sont toujours (et pour pas mal de temps à mon avis) Pierre-Yves et Olivier, les fondateurs de la distillerie du Dr Clyde.
Que ce soit clair.
Et je parle bien de production au sens le plus noble du terme (comprendre de la transformation de la matière première à la distillation et au vieillissement du produit fini).
Non, ici on va causer belge dans le sens où le bousin est uniquement vieilli en Belgique (ok, à une exception près pour le troisième mais c’est pas pour autant plus glorieux).

C’est dommage en fait, c’eut pu être sympa et ça aurait pu faire bouger de manière inattendue le monde des spiritueux en Belgique (oui, je spoile mon article mais avec une intro comme ça, vous vous doutez que ça va être cinglant comme une critique de Don Papa et ça, ça va vous donner envie de lire jusqu’au bout, je vous connais ^^).

Bref, à la demande de certains amis (qui n’en sont maintenant plus vu que ce qu’ils ont fait s’apparente à un meurtre prémédité … non je déconne), j’ai chopé l’un ou l’autre sample de ces produits « à forte connotation belge » au dernier Salon du Rhum (les termes exacts seraient plutôt « j’ai flingué trois samples ») histoire d’en faire un retour « objectif ».

On va donc dire que c’est pour la science (mais pas pour la gloire de notre pays malheureusement).

Ne perdons plus de temps, et enfonçons nous dans les profondeurs de cette aventure « belgicannesque » !

Rockhopper – The Belgian Spirit – Rum :

On est ici sur un assemblage de différentes origines. Ayant crapuleusement écrit sur mon sample, je peux juste assurer qu’il y a du rhum provenant de République Dominicaine dedans. Le reste devant être Panama ou Pérou et Caraïbes ou Cuba …
Sur place, je n’ai pas investigué en me disant que je trouverais les infos sur le net… En fait, à part une page de garde, peanuts… il y a bien un onglet « read more » sur le site de la chose mais quand on clique il ne se passe rien. Voilà, voilà …
En fait, il faut checker les sites de ventes néerlandais : on y apprend que l’affaire est un blend de rhums provenant de République Dominicaine, du Panama (aaaah, c’était bon ça) ainsi que du Guatemala (bon ben fallait pas lire « C » mais « G » du coup)
Du coup, le truc titre à 40% et vous n’en saurez pas beaucoup plus.
La question est de savoir si, après avoir lu ce qui suit, vous souhaiterez en savoir plus ^^

Ah oui, il y a vraisemblablement eu une étude sur le packaging mais moi je trouve ça très moche. Pourtant j’aime bien les pingouins hein. Vraiment.

Rockhopper – The Belgian Spirit – Rum     Rockhopper – The Belgian Spirit – Rum
Notez que l’exposant a été un rien rat sur le sample donc le bidule a dû un peu s’éventer depuis lors.

Alors, niveau coloration, on a droit à une robe de couleur or léger à reflets dorés.

Le nez est sucré, on y trouve un peu de notes boisées et de brèves touches torréfiées qui vont vite disparaitre.
Il ne se passe pas grand-chose quoi. Si ce n’est un côté fruits secs fort alcooleux (pourtant, comme dit plus haut, ça s’est bien éventé dans le sample … et ça ne titre qu’à 40% !).
Pour être honnête, on notera un léger côté pâtissier « poudré » et de très légères épices.
Bof bof bof.

Arrive le moment où il faut goûter (parce que bon, il ne se passe pas et ne se passera pas grand-chose d’autre au niveau du nez) et là ben … c’est plat comme un verre d’eau avec quelques rémanences caramélisées alcooleuses (si !) accompagnées d’épices et de notes boisées toastées.
Ça goûte comme un mauvais ron en fait.
Peut-être qu’il y a quelques touches chocolatées. Peut-être.

Niveau rétro-olfaction, ça va du toasté au torréfié avec une étrange impression de fruits rouges.

Alors la finale, … Euh, quelle finale ? Eu égard à la sympathique sensation alcooleuse en bouche, ça chatouille les papilles et on va garder une étrange note fruitée (fruits jaunes et rouges) ainsi que quelques épices toastées et puis ça se contentera de faire pschiiiit …

Bref, j’ai trouvé ça juste pas bon (j’ai appris à modérer mes propos pour ne pas dire dégueulasse car ça a une connotation négative ^^) et complètement inutile en fait.
D’où, deux questions :
- quel est l’intérêt de cette chose ? Tant qu’à avoir des produits d’origines différentes, autant les embouteiller tel quels au lieu de tout blender avec les pieds et de sortir un truc pareil ;
- en quoi c’est belge si ce n’est l’éventuel vieillissement ? Je m’interroge légitimement parce que, du coup, si j’achète du Saint-James blanc chez Colruyt, que je fous des ananas et du sucre de canne Boni dedans (article placement de produits, Colruyt si tu me lis et que tu cherches un dir’ com’ … non je déconne ^^) puis que j’embouteille le tout dans une quille moche, je peux appeler ça rhum arrangé belge ? Faut un peu arrêter de se foutre de la tronche des gens au bout d’un temps hein.

Alors oui, chez Dr Clyde, ce sont des potes, je n’ai pas honte de l’affirmer. Et ça ne change rien. Parce que j’ai été le premier à dire qu’à leur début il faisait des trucs dégueulasses (l’époque où j’utilisais encore ce terme odieux ^^) MAIS (en majuscule encore) eux au moins ils ont évolué. Et dans le bon sens. Les produits se sont affinés et ils sont en train de nous sortir des trucs pas mal du tout.
Ici, qu’est-ce qui va pouvoir être changé pour améliorer cette chose ? A part un vieillissement plus long ou des ajouts assez peu naturels dans le jus, je ne vois pas trop.

Du coup, je redis : Quel est le fucking intérêt de cette chose ?!

Next donc !

Rhum Ardent :

De « Ardent » comme « Cité Ardente », histoire de caresser le liégeois dans le sens du poil et de l’appâter (et je suis sur que rien que ça, ça peut marcher, peu importe la qualité du produit fini).
Et donc ce truc est bio, fairtrade, tout ça, tout ça.
Mais encore ?
Des infos glanées de-ci, de-là, l’affaire serait produite comme suit : distillation de cannes à sucre bio (moi, les labels bio hors Europe, j’ai mon avis dessus, notamment le fait de devoir les transporter jusque chez nous qui risque légèrement de polluer un rien et donc d’avoir un léger impact environnemental indépendamment du caractère bio initial du produit, tout ça, tout ça mais là n’est pas le sujet, je m’égare …) par une coopérative paraguayenne avant que l’alcool à brûler (on titre à 95%) soit rapatrier chez Radermacher (vous en connaissez une autre de distillerie qui fait du whisky à Raeren vous ?) pour être « retravaillé ». Par retravailler il faut comprendre « faire vieillir ». trois ans en fût de whisky belge (vous savez duquel il s’agit si vous suivez) puis trois mois en fût de vin (Muscat-de-Rivesaltes).
Voilà, voilà. Donc, à nouveau, aucune production à proprement parler mais un simple vieillissement chez nous suivi d’un finish. Rien de bien folichon donc. Ni de bien belge. Si ce n’est une référence à notre sympathique Ville de Liège. L’aspect belge du produit, c’est fait …

Rhum Ardent     Rhum Ardent
Niveau packaging, ben c’est moins moche que le précédent, ça insiste sur le côté bio du produit et ça a la décence de ne pas noter rhum belge (même si on la joue fine avec le nom du produit qui fait rhum liégeois hein, je vous ai capté les gars ^^).

Visuellement, c’est sympa : or soutenu à reflets légèrement orangés.

Au nez, de manière assez inattendue, c’est herbacé et un rien lacté … beurré en fait même.
On y trouve des épices (poivre léger, muscade, …) et de fines notes florales derrière tout ça.
D’apparence, ce n’est pas trop sucré mais cet aspect beurré laisse déjà craindre un truc passablement écœurant.
Ça ne va pas évoluer beaucoup : hormis gagner quelques notes de vanille, ça va rester très stable.
J’ai pas trouvé ça hyper gourmand mais c’est beaucoup mieux que le précédent.
Attention au fait que le précédent était juste bon à jeter, du coup, ici, ça ne casse pas trois pattes à un canard non plus

En bouche, les 40% ne se sentent pas : c’est tout plat avec un côté hyper sucré sur des notes de bonbon. Mais vraiment hein ! On nage entre le bonbon au miel et le bonbon des Vosges aux fruits en moins bien fait.
Le tout est accompagné d’épices histoire de dire … des épices caramélisées à la vanille …
C’est donc bien écœurant.
Là, j’ai pris ma dose de sucre de la soirée

La rétro-olfaction nous offre quelques notes toastés et épicées qui seront toutefois écrasées par ces notes fruitées ultra sucrées.

La finale se fait un peu plus toastée et légèrement épicée. Le côté tout plat et tout sucré du bonbon passe ici au second plan et on gagne (façon de parler) une légère amertume avent de repartir sur un truc très (trop) caramélisé.
Ah oui, c’est pas bien long non plus tout ça.

En fait c’est pas bon. Et le côté belge du produit, je reste sceptique.
Très honnêtement, vu le prix et la contenance, y a moyen de se faire plaisir ailleurs pour moins cher si on veut un chouette ron (et le finish vin est possible aussi).

C’est dommage, les gens sont sympas, ça m’aurait fait plaisir de vanter les mérites de leur produit mais là je ne peux juste pas. Désolé …

Bon, on va terminer avant de frôler le malaise ou les palpitations dues à l’hyperglycémie …

1836 – Rum – Belgian Organic Rum :

Clairement, on est chez Radermacher (oui, encore).
On nous annonce un jus de canne à sucre bio. Vu la « durée de vie » du vesou, un transport jusque chez nous est exclu et on comprend vite que le jus de canne susdit est déjà distillé quand il arrive dans notre beau pays pluvieux.
C’est donc le vieillissement (encore …) qui aura lieu en Belgique : d’abord en fût de Lambertus (maintenant, si vous ne saviez pas encore de quel whisky il s’agissait pour Rhum Ardent, ben voilà) avant de subir un finish en fût de chêne américain neuf.
Et là, arrive toute l’originalité du produit (à l’intérêt discutable, j’en conviens) avec une filtration sur grué de cacao bio-équitable fourni par Jean-Philippe Darcis (notre Monsieur Chocolat quoi).
Le cacao n’est donc pas belge non plus au cas où vous en douteriez ^^
Ok, il y a une filtration en plus que chez les deux autres mais bon, de là à produire eux-mêmes leur rhum, il y a une « petite » marge hein (va falloir que je sorte mon article sur la Distillerie du Dr Clyde histoire que vous preniez pleinement conscience de la chose) … Bref l’aspect belge du produit laisse un rien à désirer selon moi.

La robe est de couleur paille à reflets dorés.
J’ai lu, sur je ne sais plus quel site (bah oui, j’ai cherché des infos histoire de comprendre le concept belge du truc, en vain …), que la robe était acajou … donc le mec qui a écrit ça s’est contenté de regarder la bouteille en fait. Monsieur (ou Madame, ne soyons pas sectaire) ; si tu me lis, pourrais-tu chroniquer les dernières itérations des cannes bleues de chez Clément ? Tu peux t’arrêter à la couleur du produit hein, pas de stress. Histoire qu’on rigole un peu ^^

1836 – Rum – Belgian Organic Rum     1836 – Rum – Belgian Organic Rum
Vous voyez ce que je veux dire maintenant ? ...

Le nez est un peu alcooleux (oui, malgré ses 40% …), sur le cacao (ah, la filtration a eu un intérêt. Enfin, un impact.), les notes beurrées, et quelques touches de fruits et de fleurs. Le tout est accompagné de fines épices et d’un rien de caramel. Les notes boisées sont complètement étouffées.
C’est tout. Voilà.
Et, oui, ça ressemble un peu au précédent, le cacao en plus (surtout que la suite on aura de légères notes plus poussiéreuses, plus herbacées).

En bouche, c’est tout chose … c’est crémeux, sur le cacao, le caramel, la vanille, c’est mielleux et de légères pointes de tabac et de bois toasté vont tenter de sauver le truc mais ça restera bien écœurant. Certes moins que le Rhum Ardent mais c’est pas mal non plus …

La rétro-olfaction a brièvement laissé espérer de belles choses avec une sensation de chaleur, des épices plus énergiques et un peu de notes toastées mais tout ça sera vite balayé par le retour des notes écœurantes perçues en bouche.

Quant à la finale, c’est la plus longue des trois (après, c’est pas hyper compliqué, je vous l’accorde).
On va récupérer de fines notes boisées caramélisées vanillées avec des touches de cacao sous-jacentes légèrement épicées.
Quelques fugaces notes florales ouvriront la porte à un léger côté toasté qui viendra conclure la dégustation.

Bon ben voilà, c’est pas mieux que les deux autres en fait.

Très honnêtement, faire un ron arrangé cacao (car oui, c’est l’impression que ça donne par moment tellement c’est prégnant), je ne comprends pas trop et je trouve ça on ne peut plus dispensable …
Tant qu’à faire si vous voulez un ron top et pas cher, optez pour un Santa Teresa 1796 et si vous aimez le cacao, Cédric Brément fait un arrangé banane-cacao terrible.
Voilà.

Conclusion ?
Un mot : Pourquoi !!?
Liège, échec critique …

Pour rappel, certains liégeois (pour rester à l’échelle locale de ces trois dégustations) font de superbes choses, qu’ils soient producteurs (là c’est pas compliqué, je vous parle du Dr Clyde) ou cavistes (et là, vous en avez une flopée : Hesby-Drink, Plaisir Di’Vins et Watch Smell Taste & Having Fun pour leurs sélection ou l’actuellement fort polémique Hubert Corman et ses embouteillages souvent bien choisis. Désolé pour ceux que j’aurais zappé).
Et je ne vous parle pas des autres cavistes belges ainsi que des embouteilleurs indépendants (Asta Morris entre autres).
Bref, chez nous on fait de belles choses mais ces trois ci n’en font pas partie.

Mon avis, vous l’avez (si vous n’avez pas compris, c’est « abstenez-vous ») mais il parait qu’il y a des gens qui aiment ça donc si vous voulez tester (pour la science ou parce que ça vous tente vraiment), lancez-vous (mais ne venez pas dire que vous n’étiez pas prévenu …).

Comme quoi, jouer sur le concept « Belgique », c’est pas nécessairement gage de qualité.

Dommage.

Comme quand c’est bon et bien fait il faut le dire, quand ce n’est pas le cas, ben, faut le souligner aussi hein …


Rhum n’ Whisky

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