vendredi 8 février 2019

« Le Rhum à Nico » aka Latitudes - O Reizinho


Au début, j’ai voulu intituler l’article « Mon père, Madère, mes frères et mes sœurs, … » mais … enfin voilà quoi ^^

Tout ça pour dire qu’il y a quelques temps, je reçois un message de Nico (Monsieur « Cœur de Chauffe ») qui me dit se lancer dans une activité oh combien géniale (scrollez vers le bas pour en savoir plus) et me propose de découvrir – en avant-première – un échantillon du rhum qu’il a sélectionné.
Joie et sentiment de privilégitude (j’invente des mots si je veux) m’envahissent et j’accepte avec plaisir.

Les jours passent, l’enveloppe arrive au bureau et, comme un barbare, je déchire le truc pour découvrir le sample et me rendre compte que j’ai explosé le sympathique petit mot qui accompagnait le colis (boulet je suis, je le reconnais).
Merci, tout simplement :-)

Avant de passer à la dégustation, petit point info et vu que c’est vachement bien fait sur le site de Rhum Attitude et que je ne vois pas l’intérêt de paraphraser (si ce n’est pour me faire ch*** et ne rien vous apporter de plus), je vais un « rien » copier-coller les infos utiles concernant le produit dégusté aujourd’hui.

D’une part, concernant la distillerie :
« La distillerie O Reizinho a été enregistrée officiellement en 2013 sur l’île de Madère, mais c’est en réalité une affaire bien plus ancienne. En effet, avant cela, la famille Ferreira produisait déjà son “aguardente de cana” (eau-de-vie de canne) depuis plusieurs générations, pour elle-même et pour quelques amis. La distillerie est toujours située au sous-sol de la maison, et la méthode traditionnelle reste inchangée.
L’approvisionnement se fait auprès de fermiers locaux, qui cultivent les 6 variétés de canne à sucre présentes sur les petites parcelles de cette île montagneuse.
C’est un rhum agricole, donc de pur jus de canne, qui sort de leur alambic traditionnel portugais.
3000 litres ont été produits lors de la première année, en 2013, et la production s’est étendue à 15000 litres en 2018. »

Et d’autre part, quant au processus de fabrication du produit :
« O reizinho 50° est un rhum agricole artisanal de Madère. La canne est pressée aussitôt son arrivée à la distillerie, durant la campagne de récolte qui s’étend de mars à mai. Le pressage se fait sans adjonction d’eau, sauf si la concentration en sucre est supérieure à 18 brix, ce qui serait trop élevé pour démarrer une fermentation. Cette dernière est lancée par des levures de boulangerie, sans acides, puis elle s’étend sur 3 à 4 jours en moyenne. La température au sein des cuves semi-ouvertes peut être contrôlée en fonction des conditions climatiques. Il en résulte un vin de canne avoisinant les 12% d’alcool.
La distillation s’effectue sur un alambic traditionnel portugais, un hybride entre pot-still et colonne, semblable à ceux utilisés en armagnac. Le distillat titre en moyenne entre 60 et 70%, puis il repose en cuves inox avant d’être réduit à 40 ou 50%. »

Ceci étant posé,  c’est parti pour la dégust’ du coup :

Latitudes – O Reizinho – blanc – 50°

Latitudes – O Reizinho – blanc – 50°
Non, le verre n’est pas énorme, c’est juste la bouteille qui est petite ^^
Comme vous pouvez le voir c’est …
Sérieux, vous voulez vraiment qu’on s’attarde sur la couleur de la chose et qu’on discute de ça ?
Ok, donc c’est cristallin et ça a l’air assez gras.
Niveau « tombé de jambes », ça plaque au verre.

Le nez est végétal à souhait dites donc, très orienté canne, légèrement porté sur les agrumes avec de fines notes de poivre et un côté un peu plus sur la saumure/l’olive (ces notes particulières retomberont assez vite pour passer au second plan).
Très clairement, ça nous change des standards habituels.
Et histoire de rester dans la fraîcheur, le produit nous offre un petit kick mentholé accompagné du poivre ressenti en début de dégustation.
C’est très miam en fait ! Surtout qu’on va gagner en notes fruitées assez exotiques avec une petite acidité typée citron vert.
Enfin, l’ensemble se fera relativement rond sur des notes plus sucrées et très gourmandes.
Et les 50 watts ? Ils sont super bien foutus, aucune agression des narines. C’est top.
Bon ben pour le nez, check, c’est franchement bien et hyper agréable.

En bouche, on va rester sur cet aspect végétal (bien plus présent encore) et on va gagner en épices (poivre, piment) avec une petite amertume végétale.
… bon, en vrai, j’y suis allé un peu trop gaiement et si on ne se lance pas comme un taré, c’est super bien fichu et très fin. Les 50% sont toujours aussi bien gérés et c’est relativement agréable.
C’est assez gras en bouche, la canne et les épices éjectent les agrumes (qui vont dès lors passer au second plan) et ce qu’on va perdre en fruits, on va le récupérer en réglisse.

La rétro-olfaction est chaude, épicée et nous offre un retour des notes d’olive accompagnées d’un aspect plus végétal.
Comme en bouche, les fruits s’écrasent même si les agrumes luttent, là, derrière.
La fine amertume perçue en bouche penche plus vers des notes de levure.
Le voltage est toujours au top.

Enfin, la finale n’est pas mal du tout (c’est donc au diapason avec le reste) : les épices perdent un peu de leur superbe mais pas trop, c’est pile-poile ce qu’il faut, l’olive et la canne se dispute le premier rôle et on assiste à un retour des agrumes sur un côté sucré/salé qui donne juste envie d’y retourner. Ce petit côté « reviens-y » est juste traître ^^.
C’est relativement long et, in fine, ce côté sucré sera contrebalancé par des notes d’olive accompagnées d’une fraîcheur plus florale.

Si vous n’avez pas encore compris, c’est top !
Et d’un point de vue rapport qualité/prix, c’est encore mieux !
À la prochaine commande Rhum Attitude, elle se retrouve dans le panier celle-là.

Bon, Nico, pas d’inquiétudes, tes voisins d’Outre-Quiévrain apprécient (du moins Roger et moi ^^).

Latitudes – O Reizinho – blanc – 50°
En vrai, elle claque hein ? (oui, oui, photo de Rhum Attitude toujours ;-) )
Alors oui, Rumporter m’a coupé l’herbe sous le pied, oui, j’aurais pu publier ça depuis quelques jours mais j’avais un feed-back festival tout chaud à sortir donc voilà --‘
L’idée était de vous offrir une petite interview de Nico « Roger style » pour que ce dernier nous éclaire un peu plus quand à cette nouvelle gamme.

Enjoy du coup.

Rn’W : Tout d’abord, merci d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions !
Pour commencer, peux-tu nous parler un peu de toi et de ta passion pour le rhum ?
N : Ma passion pour le rhum remonte au début des années 2000, avec un voyage en Martinique, et notamment avec la visite de la distillerie JM. Le cadre était incroyable, avec cette distillerie nichée dans un coin paradisiaque du nord de l'île. J'ai découvert un univers que je ne connaissais pas du tout, avec des artisans et des produits exceptionnels. Pour moi à l'époque, le rhum c'était Old Nick, alors imagine la claque quand j'ai goûté mon premier vrai rhum, un JM millésimé !
En rentrant, je me suis constitué une petite collection de rhums de Martinique, avec ce que je pouvais trouver dans mon coin, et grâce à quelques QDD de l'époque ;-)
Je n'ai longtemps vu que par le rhum martiniquais, jusqu'en 2011 où j'ai rencontré Freddy de la cave A'rhum, qui m'a fait découvrir ce qui se faisait ailleurs. Si je me souviens bien, j'avais goûté un Botran 18, un Dos Maderas 5+5, un El Dorado 12, un Appleton 12 et un Séverin XO.
La passion s'est rapidement intensifiée, je me suis alors intéressé aux différences entre les styles et aux raisons de ces différences, ce qui m'a amené par la suite à renseigner des personnes encore plus novices que moi. Les mêmes questions revenaient souvent, sur internet ou dans mon entourage, donc je me suis dit "pourquoi ne pas écrire ça, on gagnera du temps !" :-D  C'est comme ça qu'est né Cœur de chauffe, fin 2015. 

Comment passe-t-on de blogueur « amateur » (Cœur de Chauffe) à rédacteur de notes pour un site de vente (Rhum Attitude pour ne pas le nommer) pour enfin finir « embouteilleur indépendant » ?
(Enfin, finir, peut-être que tu es comme Roger et que c’est seulement la première étape dans ta future domination du monde, sait-on jamais…)
Olivier, le créateur du site Rhum Attitude, cherchait des passionnés pour faire les notes de dégustation des rhums vendus sur son site. Il a contacté plusieurs personnes, dont un collègue blogueur qui à son tour m'a recommandé (j'en profite pour l'en remercier encore une fois !). J'ai donc rejoint Laurent "L'homme à la poussette", qui travaillait déjà avec le site depuis un moment.

Ensuite, au cours de mes recherches pour le blog, je suis tombé sur des rhums intrigants, mais souvent un peu difficiles d'accès. Certains étaient sûrement inconnus pour une bonne raison, et d'autres étaient fantastiques. Quelque part, je me disais qu'un jour il faudrait que je me bouge pour faire en sorte qu'ils soient distribués en France. Et puis un jour en discutant avec Olivier, on s'est dit qu'il fallait simplement s'y mettre !

En ce qui concerne Roger, je vois que tu es bien renseigné. Il reste quelques détails à régler dans notre projet de domination de la galaxie, notamment de bêtes histoires de budget et de partage de territoires, mais je ne te cache pas que ça avance plutôt pas mal. 

Vu que le sujet est abordé, peux-tu nous en dire plus sur « Latitudes » ?
Le but est de proposer des choses inédites, qui sortent un peu des embouteillages indépendants habituels. On aimerait mettre en valeur des rhums qui ont été de véritables coups de cœur, et pas des choses qui ont été sélectionnées dans le catalogue d'un courtier. Attention je ne veux pas cracher dans la soupe, j'ai découvert et je découvre encore des choses incroyables avec les embouteilleurs indépendants. Mais je pense qu'aujourd'hui il y a suffisamment de gens qui font cela, avec leur savoir-faire, et je pense qu'on ne pourrait rien apporter de nouveau ou d'intéressant.

Le premier rhum de la sélection (O Reizinho) est un embouteillage officiel, déjà distribué sur l'île de Madère. Il y aura aussi des embouteillages indépendants, que ce soient des rhums jamais embouteillés, des versions alternatives de rhums existants. Et puis il se pourrait que l'on imagine des assemblages sous cette marque propre.

Pourquoi Madère ?
Je me suis intéressé à Madère car cette île est un des berceaux de la canne et du rhum. On y fabrique du sucre depuis le milieu du XVème siècle, et de l'aguardente de canne depuis le milieu du XVIIème. Les premiers plants de canne à sucre apportés au Brésil viennent sûrement de Madère ! 
On sait que les rhums de l'île sont officiellement des rhums agricoles, au même titre que ceux des DOM, pourtant ils sont nettement moins connus. Ça pousse forcément à la curiosité !
Ensuite, je me suis plus particulièrement intéressé à O Reizinho car c'est le plus petit producteur de l'île, une affaire familiale et très artisanale, qui distille encore sur son petit pot-still au sous-sol de la maison. Je l'ai vraiment adoré la première fois où j'ai eu la chance de le goûter, on ressent vraiment le côté artisanal, il est très différent des autres rhums de Madère.

O Reizinho semble avoir la cote en ce moment, peu avant ton embouteillage, on a eu droit à une sortie du « même » produit chez l’embouteilleur britannique « That Boutique Y Rum Company » dont le design était, on va dire, un rien moins élégant mais au demeurant assez drôle (^^’). Pourquoi cette distillerie là en particulier ?
Pour tout te dire, j'ai été hyper surpris de voir arriver ce rhum, alors que l'on était justement en train de fignoler les derniers détails de notre côté. J'étais même un peu embêté, on ne savait pas du tout que l'on avait travaillé sur la même chose en même temps. Mais That Boutique-y est sur un concept différent, et leurs petits batches ont été relativement peu dispos en France, donc nous sommes complémentaires et au final le travail de O Reizinho est d'autant plus mis en avant, donc c'est cool (et puis j'adore leur étiquette, super funky !).

Sinon, à côté du rhum, tu as place pour avoir une vraie vie ? :p
(J’ose poser la question vu que tu sembles encore pire que moi ^^)
C'est vrai que ça prend un temps fou de lire, écrire, goûter des rhums, papoter avec des passionnés... c'est pas une vie ! 
J'intègre le rhum à la vraie vie pour gagner un peu de temps. Je lis du Alain Huetz de Lemps à mes enfants avant de dormir, toujours après leur avoir fait écouter ce magnifique morceau de Philippe Lavil : https://www.youtube.com/watch?v=C6jGCglEdRI
J'invite ma femme dans des restos où comme par hasard il y a un speakeasy, et je multiplie les soirées dégusts avec les copains que j'ai tous convertis. C'est aussi une façon de mettre à exécution le plan que nous avons avec Roger.

Enfin, vu la qualité de ton premier embouteillage, je suppose (et j’espère) que tu n’en resteras pas là … Du coup, quelques infos croustillantes sur l’une ou l’autre future sortie ? ;-)
(si c’est secret bah, … on attendra hein)
Merci ! :-) Normalement un nouvel embouteillage devrait suivre cette année, quelque chose que nous mettrons en bouteille nous-même et qui sentira bon les gros esters !

Un grand merci pour le temps accordé, ta confiance et la découverte d’un produit super sympa !
Merci à toi pour le soutien ! 

Vivement la suite donc !


Rhum n’ Whisky


NB : J’ai compris pourquoi Roger faisait des interviews ! C’est l’interviewé qui fait tout l’article en fait ^^ (il ira loin niveau domination du monde, il ira loin !)

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